Le jeûne en Ayurveda: une pratique puissante à pratiquer avec discernement
- yogaensoi
- 13 juil.
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Dernière mise à jour : 20 juil.
Cet article est né d'une rencontre avec des personnes organisant des stages de "jeûne et rando" à proximité de chez moi. Dans le cadre d'une proposition de collaboration autour de massages, j'ai été amenée à réfléchir à la place que pouvait prendre un soin ayurvédique au sein de cette démarche.
J'ai moi-même pratiqué le jeûne hydrique de 3 à 8 jours consécutifs il y a une dizaine d'années, avec "engoûment", l'intégrant dans mes pratiques yoguiques. Je ne connaissais alors rien de l'Ayurveda! En effet, l'Ayurveda invite à une approche beaucoup plus nuancée et aujourd'hui, je ne pratique plus du tout "volontairement" le jeûne: je soutiens en conscience le processus physiologique du système digestif lorsque celui-ci se met naturellement au repos.
En ayurveda, il n'existe pas de méthode universelle. Ce qui équilibre une personne peut en déséquilibrer une autre. Le jeûne n'échappe pas à cette règle.
Objectif: retrouver l'équilibre
Le jeûne n'est bien entendu pas une fin en soi et la question sous-jacente est: que cherche t-on à alléger?
Cherche t-on à alléger le corps d'un excès de densité physique (Kapha), de la présence de toxines (Ama), d'une souffrance émotionnelle, d'une fatigue physique, morale profonde?
Et de quelle enveloppe du corps s'agit-il? En effet, l'anatomie yoguique s'appuie sur la notion des 5 enveloppes - Panca kosa - notion développée dans la Taittiriya Upanisad, corpus de textes qui constituent l'un des fondements philosophiques et spirituels de la plupart des yogas traditionnels. Bien que l'Ayurveda ne découle pas de la Taittiriya Upanisad, elle s'enracine dans une même culture védique partageant une vision commune de l'être humain: l'être humain est multidimensionnel et ne se réduit pas à son anatomie.
Derrière un même désir de jeûner, donc, se révèlent des réalités très différentes et singulières.
Lorsque le jeûne devient un traitement
En ayurveda, la notion de jeûne "thérapeutique" correspond davantage à un allègement de l'alimentation plutôt qu'à une privation/suspension de celle-ci. Ces formes de jeûne sont regroupées dans la catégorie des traitements dits d'allègement, de réduction - Langhana (qui signifie "alléger"). Il peut s'agir de réduire les quantités, de privilégier une alimentation très simple ou parfois d'instaurer un jeûne court et adapté.
Le véritable objectif est de redonner de la force à Agni, le feu digestif, afin qu'il puisse éliminer naturellement Ama, les résidus issus d'une digestion incomplète (digestion des aliments et des émotions..).
Autrement dit, il ne s'agit pas de "purifier" le corps par la privation mais de restaurer sa capacité naturelle d'élimination. Cette subtilité est très importante car tout l'art de l'Ayurveda est de nous inviter à restaurer un dialogue avec le corps, de l'écouter et d'accompagner ce qui cherche naturellement à s'exprimer à travers lui. C'est ce qui distingue le jeûne inscrit dans la thérapeutique Langhana de la répression/suspension volontaire de la faim ou de l'envie de manger que l'on désigne sous le terme de Kshud Nigraha.
Kshud Nigraha - ne pas répondre à la sensation naturelle de faim - est, en ayurveda, source de déséquilibre. La faim, Kshud, fait partie des 13 Adharaniya Vega qui sont décrit dans la Charaka Samhita (l'un des 3 principaux traités de l'Ayurveda) comme les mouvements spontanés du vivant à ne pas entraver au risque de déséquilibrer le dosha Vata qui les gouverne et qui gouverne les autres doshas du corps.
Une approche profondément individualisée
L'une des grandes différences entre l'Ayurveda et les approches modernes est la place accordée à Vata.
Le jeûne augmente naturellement les qualités de Vata: le vide, la légèreté, la sécheresse, le mouvement.
Chez une personne présentant déjà un excès de Vata (fatigue, anxiété, insomnie, perte de poids, constipation, agitation mentale, hypersensibilité, épuisement...), un jeûne prolongé peut accentuer profondément le déséquilibre.
Certaines personnes rapportent se sentir "plus légères" pendant un jeûne. L'Ayurveda inviterait à se demander: s'agit-il d'une véritable vitalité retrouvée ou d'un état d'excitation du système nerveux avant un épuisement plus profond?
Cette thérapeutique va donc être choisie en fonction de la personne, de son âge, de son Bala (force vitale), de l'état d'Agni (son feu digestif), de la présence éventuelle d'Ama (toxines), de la saison, d'une éventuelle maladie et surtout de sa Prakriti (constitution) et de sa Vikriti (son état actuel et ses potentiels déséquilibres).
L'ayurveda déconseille les jeûnes importants pour les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes ou allaitantes, les personnes très maigres ou affaiblies, les personnes en convalescence, les personnes dont Agni est déjà faible, les constitutions Vata fragiles ou en fort déséquilibre.
Dans ces situations, le traitement consiste souvent à nourrir, reconstruire et stabiliser plutôt qu'alléger. On parle de thérapeutique Brimhana.
Avant d'entreprendre un jeûne, il est donc essentiel d'évaluer son terrain, sa constitution et son état actuel. Car en ayurveda, ce n'est jamais la pratique qui est bonne ou mauvaise, c'est son adéquation avec la personne qui fait toute la différence.
Et une approche profondément holistique
L'ayurveda nous rappelle aussi qu'il existe d'autres formes de surcharge. Nous pouvons être saturés de nourriture physique mais aussi de bruit, d'informations, d'injonctions, de sollicitations, de relations, d'activités...
Parfois, le véritable jeûne consiste moins à arrêter de manger qu'à ralentir, se mettre à distance, retrouver le silence, la nature, rétablir le lien avec le Souffle, principal pourvoyeur de Prana - source de l'énergie vitale - et progressivement réintroduire de l'espace entre deux respirations, au sein d'un quotidien souvent "rempli" et observer ce que cet espace libéré révèle.



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